Annonce publique de la découverte du système Veille-Sommeil à l’Académie nationale de Pharmacie, Paris, le 2 décembre 2015

La glande pinéale et le système veille-sommeil. Applications thérapeutiques, par Jean-Bernard FOURTILLAN, Pharmacien, Professeur honoraire de Chimie Thérapeutique

Chez les vertébrés supérieurs, la perception de la luminosité ambiante est traitée par les noyaux supra-chiasmatiques de l’hypothalamus qui orchestrent la régulation circadienne en l’adaptant au mode de vie de l’organisme. Au sein du système photoneuroendocrinien, la glande pinéale joue un rôle de transduction qui convertit le rythme imposé par les noyaux suprachiasmatiques en message hormonal endocrinien, via la sécrétion de trois hormones qui constituent le système veille- sommeil :

– Mélatonine (MLT), découverte par A.B. LERNER, en 1958 ;

– Valentonine (VLT), β-carboline N-acétylée, hormone du sommeil découverte par J.B. FOURTILLAN, en 1994 ;

– 6-méthoxy-harmalan (6-MH), hormone de veille découverte par W.M. MC ISAAC, en 1961.

Elles sont sécrétées simultanément par la glande pinéale entre 22h 00 et 6h 00, tout au long de l’année, et correspondent à trois étapes d’acétylation de la sérotonine.

Le système veille-sommeil assure la régulation des vies psychique et végétative de l’organisme pendant les 24 heures du nycthémère, de la façon suivante :

– Entre 22h et 6h, la glande pinéale sécrète les trois hormones. La MLT, neuro-protectrice, qui « piège » les radicaux libres. Pour des raisons pharmacocinétiques, les concentrations de VLT dans le sang et le cerveau sont supérieures à celles du 6-MH. Cette prévalence lui permet de produire le sommeil par modulation allostérique spécifique des récepteurs sérotninergiques 5-HT2C, pendant cette période de 8 heures. Simultanément, et de la même façon, la VLT réduit la pression artérielle (PA) et la fréquence cardiaque (FC) par activation des récepteurs 2 noradrénergiques centraux et induit une relaxation musculaire par activation des récepteurs D1 et D2 dopaminergiques du système extrapyramidal.

– À partir de 6h, on observe un arrêt des sécrétions pinéales. Le 6-MH, à élimination beaucoup plus lente que la VLT, devient prévalent dans le cerveau, provoquant, par blocages spécifiques des récepteurs précités, l’éveil, les augmentations de la PA, de la FC et la contraction musculaire, jusqu’à 22h.

Des corrélations structure-activité des trois hormones ont permis de préciser leurs modes d’action et de synthétiser 569 succédanés de la VLT. Tous produisent un sommeil physiologique, réparateur, avec prédominance du sommeil lent profond et du sommeil paradoxal.

Les dysfonctionnements du système veille-sommeil permettent d’expliquer les mécanismes de diverses affections neurologiques. Un déficit quantitatif de ces hormones est responsable de troubles du sommeil, de dépression et d’affections neurodégénératives des types Parkinson et Alzheimer tandis qu’un excès de sécrétion est à l’origine d’états psychotiques.

Plusieurs applications thérapeutiques découlent de cette découverte. En cas d’insuffisance de la sécrétion pinéale, il faut, par exemple, administrer, le soir, d’une part la MLT per os, et, d’autre part, la VLT et le 6-MH, par voie transdermique, sous forme d’un patch retiré le matin, au lever.